Inhaltsangabe
Jorge Amado est l'un des rares écrivains de notre temps dont l'oeuvre est universelle. Le succès de ses trente romans traduits en un nombre incalculable de langues tient à l'universalité d'un thème : le combat pour la liberté et la dignité de l'homme. Albert Camus, commentant Bahia de Tous les Saints, écrivait, dès 1939, dans Alger-Républicain : "Qu'on ne s'y trompe pas. Il n'est pas question d'idéologie dans un roman où toute l'importance est donnée à la vie, c'est-à-dire à un ensemble de gestes et de cris, à une certaine ordonnance d'élans et de désirs, à un équilibre du oui et du non et à un mouvement passionné qui ne s'accompagne d'aucun commentaire". Amado a réussi à se faire écouter partout en ne parlant que d'un canton de l'immense et lointain Brésil, le sien : les terres de Bahia. Aujourd'hui, pour la première fois, il revient sur ses pas. Racontant sa vie, il parle de ses livres. Ou l'inverse. Car ce sont toujours les romans qui fournissent leur point de départ à ces conversations avec Alice Raillard, interlocutrice privilégiée par sa longue amitié avec Jorge Amado et sa femme Zélia Gattai et par la connaissance intime des oeuvres dont elle fut souvent le traducteur.
Über die Autorin bzw. den Autor
Jorge Amado naît en 1912 à Ferradas, dans une plantation de cacao du Sergipe, au sud de la province brésilienne de Bahia, "terre violente" que les planteurs se disputent arme au poing. Les Jésuites de Bahia, chez qui il entre en internat à dix ans, voient en lui une vocation de futur novice. Trois ans plus tard, ils disent une messe d'action de grâces lorsqu'il s'enfuit après s'être proclamé athée et bolcheviste. On le retrouve, deux ans après, travaillant dans un journal, puis à Rio de Janeiro où il étudie le droit. C'est en 1931, après l'arrivée au pouvoir du dictateur Getulio Vargas, que Jorge Amado, journaliste débutant, publie son premier roman, Le Pays du Carnaval. Il a dix-neuf ans. Il refusera jusqu'au début des années 90 que soit traduit O País do Carnaval. Sans doute parce qu'ensuite, tout au long de son existence, il refusera le scepticisme condescendant qui caractérise Paulo Rigger, personnage principal du livre : "Tout le pessimisme qui transparaît dans ce roman est complètement artificiel. C'est une attitude naïvement littéraire." C'est la même année qu'il se met à militer très activement au Parti Communiste, alors interdit au Brésil. Sa vie, dès lors, n'est qu'une suite d'exils, d'errances et de retours. Emprisonné une douzaine de fois, ses livres brûlés et interdits, contraint de s'exiler en Argentine en 1941, puis de retour à Bahia en 1943 lorsque le Brésil se range aux côtés des Alliés contre l'Axe, élu député communiste en 1945, de nouveau contraint de s'exiler en 1948 lorsque le Parti Communiste est ré-interdit, réfugié en France, expulsé de France et interdit de séjour pendant 16 ans, militant itinérant dans les démocraties populaires durant la guerre froide, revenu au Brésil après avoir reçu le prix Staline... Il ne faut donc pas s'étonner que ses premiers livres reflètent son engagement ; Cacao, Suor, qui décrivent la misère et l'oppression des classes populaires brésiliennes. Pourtant à partir de Bahia de Tous les Saints (1935) et de Mar Morto (1936), le souffle épique l'emporte sur l'aspect militant, sans pourtant le diminuer mais en échappant au communisme romantique des écrits de jeunesse qui teintait quelque peu ses personnages de superficialité. C'est 1954 qui marque le véritable tournant : il décide de s'éloigner du parti pour écrire Gabriela, girofle et cannelle et n'être enfin plus qu'un obà de Bahia, dignitaire du candomblé dont il ne dévoilera jamais que des bribes, devenir finalement, comme il se décrit lui-même "l'anti-docteur par excellence ; l'anti-érudit, trouvère populaire, écrivaillon de feuilletons de colportage, intrus dans la cité des lettres, un étranger dans les raouts de l'intelligentsia". Il chantera désormais Bahia, les fêtes chez les amis, les chansons de Vinicius de Moraes, la cuisine afro-bahianaise à l'huile de palme et au lait de coco, la cachaça, la vatapà et les moquecas dont les noms sont déjà des voyages, et les femmes, toutes les femmes ; professionnelles, occasionnelles, "dames putes", filles de famille ou patriotes qui se donnent gracieusement aux anti-fascistes et que, dans ses "Navigations de cabotage", il appelle toutes d'un seul nom, Maria : "Maria chacune, toutes, passagères embarquées aux
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