Du côté du Jardin des Plantes - Softcover

Damade, Jacques; Joel, Cornuault

 
9791093098623: Du côté du Jardin des Plantes

Inhaltsangabe

Série de moments autour du Jardin des Plantes qui joua un grand rôle comme intercesseur de la nature et de la terre auprès des humains, qui en rapporta la diversité et l'émerveillement et le rappel que l'homme n'est pas seul sur terre. On assiste à la naissance de la ménagerie du Jardin des Plantes pendant les jours les plus sanglants de la terreur. Buffon y réalise sa grande oeuvre collective comparable par son ampleur à L'Encyclopédie, L'Histoire Naturelle. Dans la floraison des découvertes dont le Jardin fut le théâtre, on assiste à la naissance du concept d'Evolution avec Lamarck et Saint-Hilaire, et toutes les querelles qui s'en suivirent. Wallace et Darwin furent des lecteurs de Buffon et des connaisseurs du Jardin. On les raconte aussi comme l'autre chemin de l'Evolution, où le scarabée ne fut pas sans importance. On suit l'étonnante tribu des naturalistes, des amis de la nature du Jardin et leurs tribulations. Bernardin de Saint-Pierre, Geoffroy Saint-Hilaire (notre préféré), Humboldt, Wallace... Enfin, il y a une leçon du Jardin des Plantes que l'écologie entend enfin, quand le jardin, le grand jardin, le nôtre - la terre- est menacé par nous, étranges bipèdes apparus récemment.

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Über die Autorin bzw. den Autor

Jacques Damade est l'auteur d'un photo poche Jacques-Henri Lartigue, il a écrit Les Iles disparues de Paris, Abattoirs de Chicago, le monde humain 1, Darwin au bord de l'eau, Le monde humain 2. Il est l'éditeur des éditions La Bibliothèque.

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La girafe de 1826 et le cachalot de 1986 Où deux animaux de taille en ambassade parmi les hommes rappelèrent à des époques distinctes l’existence de nos voisins et le succès qu’ils connurent Dans la réponse au roi Charles X qui avait averti le Muséum du cadeau de Mehemet Ali, le pacha d’Égypte, Cuvier et Geoffroy écrivent : « L’animal que le pacha envoie est une des acquisitions les plus heureuses. Jamais une Girafe vivante n’est arrivée en France. » Destinée à la ménagerie du Muséum, Geoffroy se propose d’aller la chercher à Marseille où elle est arrivée en novembre 182625. Le préfet des Bouches du Rhône, Christophe de Villeneuve Bargemon, vient la voir chaque nuit. Elle met Marseille en ébullition. Tâche à priori peu ardue dans ce port qui s’enflamme en un clin d’œil. Mais la girafe va persévérer et pousser l’incendie dans sa traversée de la France du Sud à Lyon, puis de Lyon à Paris par une quarantaine de « petites journées », créant autour d’elle une ferveur populaire indescriptible. Il faut l’imaginer avec sa petite tête haut perchée, couverte de son manteau imperméable en toile gommée, avec d’un côté les armes de Charles X et de l’autre celles du pacha, marchant à l’amble, précédée par quelques gendarmes, trois vaches pour l’allaiter et par un digne professeur du Jardin des Plantes, suivi de trois Égyptiens et d’un ex mameluk-soldat de la campagne d’Egypte, servant de truchement, entourée et fêtée à chaque entrée des villes par une foule enthousiaste devant cet hurluberlu qui respire parmi les cheminées des maisons. Et L’attente, le suspens, son arrivée annoncée, retardée, « Vous l’avez vue, non, oui, demain… », les élucubrations des savants sur son cœur de 11 kg capable de propulser son sang comme un geyser à une altitude de deux mètres, ou sa langue de 55 cm s’entortillant comme un serpent autour d’une feuille de robinier… Et la presse, là-dessus, jetant ses monceaux de charbon encré pour alimenter la fournaise, la girafe éclipsant à peu près tout sur son passage et mieux, ayant cette vertu de rendre le peuple enfant. Agé de 55 ans, souffrant de problème urinaire et malgré la fatigue de la marche, Geoffroy est heureux comme un jeune homme de sa peu commune compagne dont il a pu croiser sa parente une trentaine d’années plus tôt lors de la campagne d’Égypte. Au bout de cette expédition de 41 jours, l’attendait soit une épreuve, soit un triomphe, c’est-à-dire la présentation de la girafe à Charles X. Ce dernier voulait aller à sa rencontre, mais la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, le seul homme, disait-on, de la famille royale, de lui rappeler l’étiquette. Ce n’est pas au roi d’aller à la girafe, mais à la girafe d’aller au roi. Ce dernier ne doit pas s’abandonner à des élans aussi puérils ! Geoffroy résume ainsi la rencontre : « J’étais encore malade de ma rétention d’urine, je me suis traîné jusqu’à Saint-Cloud et chemin faisant j’écoutais mes douleurs pour leur demander ce que j’aurais à faire : si j’avancerais, si je reculerais. J’ai fortement pris sur moi26, j’ai paru et j’ai pu satisfaire à tout le fardeau de l’audience qui est entièrement tombé sur moi… Le roi, auquel Madame la Dauphine m’avait recommandé, s’adressa uniquement à moi pendant une heure entière… » « Aussitôt après l’audience, écrit Théophile Cahn, Geoffroy Saint-Hilaire se fait amener en voiture à l’hôpital pour se faire sonder. La girafe gagne le muséum où elle eut de juin à décembre plus de 600 000 visiteurs. » Née en 1824, la girafe de Charles X meurt de la tuberculose bovine à la ménagerie du Museum en 1845, un an après la mort de Geoffroy. Elle y sera naturalisée par le taxidermiste Poortmann, mais ne restera pas en compagnie du rhinocéros de Louis XV au niveau 3 de la grande galerie de l’évolution. Dieu sait par quel méandre bureaucratique, le conservateur Etienne Loppé la transportera en juillet 1931 dans un wagon chargé de mammifères empaillés au Muséum de La Rochelle, la ville de Bonpland. On distingue encore en haut de l’escalier sa délicieuse silhouette. Plus d’un siècle et demi plus tard, l’été 1986, à la mi-juin, le sonar d’un sous-marin de la marine portugaise détecte à l’embouchure du Tage un OSNI (objet sous-marin non identifié). Le capitaine prévient l’amirauté qui avertit l’armée de l’air. Deux hélicoptères Wexland Lynx sont dépêchés. Quelques minutes plus tard des automobilistes voient passer un cachalot de vingt mètres sous le pont du 25 avril qui relie Lisbonne à Almada. Le cétacé poursuit sa progression jusqu’aux abords de la place du Commerce où les Lisboètes affluent et se donnent le mot. Un des hélicoptères le filme et envoie les images à la Radio -Télévision Portugaise qui les diffuse au journal de 13 H. Abecasis de Nuno Krus, le maire de Lisbonne, se rend place du Commerce et souhaite au nom de la ville la bienvenue au cétacé. Le cachalot se déplace. Une foule le suit de la rive. Des scientifiques s’interrogent sur la voie singulière qu’a prise le mammifère marin en pénétrant l’embouchure du Tage. Entraîné par le mouvement de la marée ou trompé par un banc de poissons ? Echolocation déréglée, maladie, invraisemblable curiosité ou somnambulisme ? Les hypothèses vont bon train. L’animal prend son temps. Il se laisse cuire au soleil de la mer de paille avec un léger balancement. Le mélange d’eau douce et d’eau salée lui sied. Parfois son évent lâche une gerbe d’eau qui scintille dans la lumière. Ce n’est que de la volupté. La mer de paille l’adopte, c’est ainsi qu’on nomme l’énorme poche d’eau où s’agrandit le lit du fleuve après le pont du 25 avril. Les jours de chaleur ou de brume, le Lisboète ne voit pas Seixal sur l’autre rive. Une mer de paille pour un cachalot ? Les pêcheurs le nourrissent de tonnes de calmars. Le jour suivant le voilà non loin du couvent de Madré de Déus, puis tout près de la Tour de Belem. L’animation se fait croissante autour de lui. Fenêtres, quais, bateaux, cela grouille. Les hélicoptères le survolent. À chaque heure le bulletin d’informations rend compte du cachalot. Lisbonne vit à son rythme. Les conseillers en communication du président Mario Soares le prient de faire un discours. On va jusqu’à s’inquiéter, s’il se perdait, s’il mourait… et une tentative de nouer un câble autour de sa queue et de fréter un remorqueur pour le reconduire jusqu’à l’océan échoue. Un jour de brume sur le Tage, le cachalot s’évanouit, le sonar du sous-marin ne détecte rien, animal fantastique, licorne, rêverie. Le cachalot de la mer de paille rejoue à sa manière la girafe de Charles X. Ces deux étranges animaux nous rappellent à l’ordre. Quel ordre, me direz-vous ? Et pourquoi étranges, le sont-ils plus que la mante religieuse ou l’escargot ? Hum, au moins par leur taille et leur poids, 4m 50 de haut, 20 m de long, 800 kg ou 20 t… Et puis il y a la rencontre avec le cachalot ou la girafe… Les univers diffèrent. La technologie ― hélicoptère, radio, télévision, sonar…― ne change rien à l’affaire. Songeons un peu, vous, moi, rencontrant un animal sauvage, un chevreuil ou un sanglier, même un renard, restons tout surpris, un peu bluffés, une émotion nous fige, ça ne dure pas, l’animal au bout de quelques secondes décampe apeuré et nous restons là hébétés, heureux, à nous demander ce qui s’est passé. Pourquoi, comment, de quel mystère il s’agit ? Parfois même ce peut être une bestiole, un insecte, un papillon27. Urbains, nous ne sommes plus de compagnie. Et individuellement il y a ce choc que déclenche la rencontre d’un animal en liberté, qu’il ne suffit pas d’enregistrer, mais de tâcher d’expliciter. C’est un affect. Est-il de l’ordre du sacré au sens où Bataille parle de l’érotisme, de la continuité ou de la discontinuité de la toile du monde ? Comme si durant quelques instants quelque chose se retissait. Le chasseur qui tue ou le paysan plus familier ne ressent pas les choses de la même manière. Tuer peut aussi être un raccourci de la rencontre avec l’animal sauvage, une manière de clore son énigme. Quant au paysan, il...

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