La Faction cannibale: Art, terreur et vandalisme - Softcover

Rocha, Servando

 
9791092159226: La Faction cannibale: Art, terreur et vandalisme

Inhaltsangabe

La Faction Cannibale, c'est une histoire du vandalisme e ? claire ? , illustre ? e par une recherche iconogra- phique, litte ? raire et musicale riche et disparate qui refle`te avant tout les obsessions de son auteur, impre ? gne ? par la pop culture de la fin des anne ? es 70 et de toutes les influences qu'elle charrie en son sein (le punk, Robespierre, Jack L'Eventreur, Debbie Harry, The Clash, Andre ? Breton, les Shakers, Alan Moore, Kim Gor- don, Picabia, la bande a` Baader, etc.) Servando Rocha se soucie peu de la chronologie et des frontie`res, il pre ? fe`re nous faire emprunter des coursives temporelles. L'introduction d'un film sur les Sex Pistols nous renvoie aux e ? meutes de Gordon, qui nous conduisent aux conceptions de Burke sur le Sublime, qui nous me`nent aux accidents de voiture se ? rigraphie ? s par Andy Warhol. Et singulie`rement, toutes ces petites pie`ces myste ? rieuses assemble ? es les unes aux autres finissent par de ? voiler un tableau poignant : les hommes n'ont jamais cesse ? de crier.

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Über die Autorin bzw. den Autor

Ne ? en 1974 dans les i^les Canaries, Servando Rocha est un essayiste et e ? crivain espagnol. Il a publie ? de nombreux essais autour des the`mes qui le hantent, comme les mouvements avant-gardistes ou la contre culture. Tre`s influence ? par le travail de Greil Marcus, il continue de nouer des liens inattendus entre la musique, les arts plastiques, l'histoire et la philosophie. Comme un bon de ? tective, il ne laisse rien au hasard. Sa structure e ? ditoriale, La Felguera, tient son succe`s du jeu de ro^le qu'elle a mis en place avec ses lec- teurs, en empruntant les codes de ce autour de quoi tournent ses publications : la se ? miotique de l'occulte et le champ lexical des socie ? te ? s secre`tes. Messages promotionnels code ? s, prophe ? ties sur les parutions a` venir, noms mal masque ? s, tout tend a` diriger son lecteur vers le jeu du faux.

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Scène n°2 : En dansant dans les rues L'histoire réutilise ses pièges et ses slogans. Comme ces dettes dont on hérite, qui font des sauts dans le temps pour finir par nous retomber dessus. Moby Dick ne se fatigue jamais. Le bon sens nous assène qu'il est impossible de revivre l'histoire, qu'après des évènements, une époque reste défigurée pour toujours par le sceau du temps. Son esprit, ses paroles, son style, c'est tout ce qu'il nous reste. Et même s'il a changé, le refuge qui à la fin du XVIII ème siècle avait été pris d'assaut par les protestants en colère héberge durant les années 60 l'Ambassade Américaine. On y entend, reconnaissables entre mille, les mêmes bruits de révolte. Comme si quelqu'un avait frénétiquement vidé un grand sac plein d'ordures avant de coller son oreille au sol. Moby Dick est à l'intérieur et l'équipage du Pequod est dehors, dans la rue. Il encaisse les coups. Des manifestants, en 1780 comme en 1968 tâchent tant bien que mal, entre les pluies de pierres et les cocktails Molotov, de faire ressembler tout ça à une fête. C'est ça qui est sinistre: les visages de joie lorsqu'on lynche un lord ou qu'on envoie un agent de police passer des vacances à l'hôpital. SIX ANS AVANT que les partisans de Gordon aient rasé la ville de Londres, une dizaine d'hommes et de femmes traversent la mer. Depuis quelques jours, le bateau a quitté la côte Anglaise et se se dirige vers Etats Unis, plus précisément à New York. La traversée est longue, exténuante, dangereuse. A cette époque, les navires sont chargés d'hommes et de femmes qui n'arriveront pas tous à bon port. Les voyages sont pleins de mystères, de contes et d'histoires d'horreur. Parmi les passagers on note la présence d'une certaine Ann Lee, que tous appellent « Mère Ann ». Tous imaginent la présence de monstres marins rôdant autour de l'embarcation, de bateaux de pirates prêt à les assaillir et les assassiner. Ils chantent au lever du soleil. Ils prient à toute heure. Mère Ann, analphabète et fille d'un forgeron de Manchester, est frappée par une importante révélation divine: rien ne sert d'attendre l'Apocalypse, celle-ci a déjà eu lieu. Dans cette vision, elle-même apparaît, telle le Christ, mais dans le corps d'une femme. A la différence de Johanna Southcott, elle ne prédit pas la fin des temps pour bientôt. Selon Ann Lee, le Second Avénement tant attendu par les nombreux leaders de groupes religieux, sectes et sociétés secrètes, s'est déjà produit. Cette Bonne Parole, qui fait d'elle un Messie, la précipite à la tête d'un mouvement mystique dont les fidèles, qui surgissent au sein de la communauté Quaker, reçoivent le nom de Shakers (ils s'appellent officiellement la Société Unie des Croyants dans le Second Avènement du Christ) ou plus vulgairement les Shakings Quakers («Les quakers qui s'agitent»). La vie, sur les terres américaines, n'est pas simple. Pendant qu'à Londres les protestants brûlent et détruisent les églises et les monastères, les Shakers sont durement persécutés dès leur arrivée à New York, où ils ouvrent leur premier temple et commencent à propager leur culte. Si les réactionnaires anglais soupçonne Gordon d'être à la solde des espions français, qui conspirent pour semer la révolte et l'insurrection, les Shakers font l'objet d'une méfiance comparable. On les accuse d'être des espions britanniques. Le fait qu'ils se déclarent fermement pacifistes ne les aide pas, et leur attire la haine de leurs concitoyens durant la Guerre d'Indépendance. A celà s'ajoute le fait indéniable qu'ils les confrontent à l'image du Christ fait femme. La tension monte. Durant leurs tournées, ils subissent de nombreuses attaques à mains nues par les habitants de villages pauvres et misérables. On brûle leurs charrettes. En 1784, épuisée, Ann Lee dont on a fait une déesse vivante, meurt à la suite de l'une de ces agressions. Mais le culte s'est étendu et compte désormais des milliers de fidèles, tous désireux de suivre les enseignements de son martyr et de vivre cette fantastique Apocalypse terrestre. L'été éternel. Les Shakers, en Angleterre comme aux Etats-Unis, vivent à l'écart dans d'énormes granges communautaires. La secte s'agrandit prodigieusement, et compte bientôt six mille membres répartis dans une vingtaine de communes parfaitement organisées. Le culte prêche une dualité divine formée par un élément féminin et un autre masculin, faisant d'Ann Lee la seconde apparition de Dieu. Cette dernière vit dans un célibat rigoureux, prône l'égalité de l'homme et de la femme, et cultive un rapport communiste à la propriété privée. Les adeptes entrent en contact avec le Divin par le biais de certains rituels. Parfois, ils récitent en rythme et rapidement certains passages de la Bible, provoquant ainsi des convulsions qui assurent-ils, permettent au corps d'expulser les maladies qui l'assaillent.. A d'autres moments, ils se livrent au rituel le plus important de la vie communautaire : la Ronde, pendant laquelle le Divin se manifeste à travers la danse. La Ronde se déroule suivant un rituel précis et calculé. On forme quatre files composées par des hommes et des femmes qui dansent frénétiquement autour du cercle en agitant les bras et les jambes. Les puissants cantiques, que l'on reprend en coeur et que l'on crie à l'unisson avec des phrases comme «Battons le Diable!» ou «Tremble! Le Christ est avec toi!», résonnent à l'intérieur du ranch. La frénésie débouche sur de violentes convulsions. Les participants se roulent par terre en arrachant leurs vêtements. Ou alors ils aboient, hurlent comme des possédés, adoptent une gestuelle animale. Ce sont autant de preuves que le démon se manifeste et qu'il tente de pénétrer le corps du Shaker. Grace au rituel, on expulse le diable. L'héritage des cantiques et des compositions Shakers se maintient au fil des siècles. On compile des chansons dans de très beaux volumes soigneusement reliés et les gardiens de la tradition orale américaine les considèrent comme un précieux témoignage de la vie des pionniers. Aux débuts du XXème siècle, quelques chansons sont adaptées et interprétées par des chanteurs noirs. Et puis arrive le rock'n'roll, au beau milieu d'une société qui considère qu'il s'agit là d'une musique du diable. Pendant les premiers concerts, de nombreux jeunes, fans de ces nouvelles mélodies, commencent à faire quelque chose qui ressemble aux Rondes des Shakers: leurs corps s'agitent comme s'ils étaient guidés par la folie et certains d'entre eux sont pris de convulsions. Les garçons et les filles se regardent dans les yeux et se mettent à danser. Souvent les participants se placent sur la piste de manière à former un cercle. Les propriétaires des cinémas et des théâtres, qui n'y comprennent rien, interrompent les films et les concerts, voyant là dedans un acte de violence. «Shake, rattle and roll», ce grand classique du Rock'n'roll, écrit en 1954 par Jesse Stone et enregistré, à l'origine, par Big Joe Turner, ne devient populaire qu'en arrivant entre les mains de Bill Halley et, plus tard, entre celles d'Elvis Presley. «Et tous ensemble nous irons danser le Rock / Oui, cette nuit/ Ouuuh, cette nuit», crient les paroles. Se trémousser à l'infini, dans chaque rue de chaque ville, et dans tous les pays. L'héritage Shaker perdure, il se déploie. On édite des disques et on publie des études sur ce culte. Patty Smith, croyant être la réincarnation d'Ann Lee (le Christ fait femme), voue une vénération à cette tradition musicale. Elle n'est pas la seule. En 1987, le groupe R.E.M compose une chanson intitulée «Fireplace», que l'on trouve dans l'album Document. On y entend un passage inspiré par Ann Lee «Nettoie la piste de danse / Secoue le tapis dans la cheminée». Et quelques années plus tard, Weezer compose «The greatest man that ever lived (variation on a shaker hymn)». On pourrait se servir du langage religieux comme d'une coursive de l'Histoire. Les nombreux affrontements entre protestants et catholiques durant les émeutes de Gordon étaient...

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