La vie parisienne des frères Goncourt. Ayant hérité de quelques rentes, Edmond et Julse de Goncout décident "de ne rien faire" et entrent en littérature par le journalisme. Dans L'Eclair et Paris, ils veulent "chaque matin éveiller Paris" avec quelques nouvelles fraîches, sur la vie des théâtres, des caf'conc, des restaurants courus par les actrices, les gens de presse, les politiques. Faire le portrait des silhouettes à la mode, de la lorette, de la partageuse, de la lionne, de la grisette. Rapporter la rumeur de la rue. Ils parcourant sans cesse les rues de ce Paris que Haussmann transforme sous leurs yeux, pour prendre des notes, et faire des portraits au vitriol de la bourgeoisie louis-philipparde, de bohême littéraire du Second Empire, du monde de hôpitaux, des prisons, des lupanars. Journalisme, histoire, roman : écritures tournées vers la vie concrète, quotidienne, à la manière des naturalistes, qu'ils précèdent. Et tout au long de leur vie tenant un Journal, qui est à la République des lettres ce que sont les Mémoires de Saint-Simon à la cour de Versailles. Une galerie de portraits sans complaisance, une dénonciation d'une rare méchanceté des intrigues et des bassesses de la ménagerie humaine, préfigurant les intrigues du Prix qu'ils ont fondé et qui porte leur nom.
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Robert KOPP : Ses recherches portent sur l'histoire de la littérature et des idées de Rousseau au Surréalistes. En attestent ses publications sur Rousseau, Chateaubriand, Baudelaire, Balzac, Nerval, les Goncourt, Zola, Huysmans, Barrès, Breton, Bonnefoy, Pierre Jean Jouve, ainsi qu'un film sur ce dernier pour "Un siècle d'écrivains" de France 3. Tenté très tôt par l'édition, il a été aux côtés de Dominique de Roux lors de la création des Cahiers de l'Herne, puis de Michel-Claude Jalard pour la "Bibliothèque 10-18" , avant de devenir, de 1988 à 2006, responsable éditorial de la collection Bouquins. Il collabore régulièrement à L'Histoire, au Lire/Le Magazine littéraire, à la Revue des Deux Mondes (où il siège au comité de rédaction), à Commentaire.
Habitait également dans le quartier (de la Nouvelle-Athènes), Emile de Girardin, le patron de La Presse et l’inventeur, du roman feuilleton. Sa femme, Delphine Gay, avait animé un salon que fréquentaient Lamartine, Musset, Gautier, Balzac, Liszt et bien d’autres. Ses Lettres parisiennes, publiées sous le pseudonyme du vicomte Charles de Launay, constituent une chronique indiscrète et amusante de la vie mondaine, littéraire, théâtrale et artistique de la capitale, qui a connu un grand succès et dont les Goncourt se souviendront. C’est ce quartier de la « Nouvelle Athènes » qu’ils évoqueront longuement dans "Manette Salomon", le roman de la vie des ateliers de peinture, qu’ils reprocheront à Zola d’avoir pillé dans "L’Œuvre". Mais la « Nouvelle Athènes » était aussi un des hauts lieux de la prostitution. La Païva y avait son premier hôtel particulier, avant de prendre, au printemps de 1867, ses quartiers en bas des Champs-Elysées, où les Goncourt l’ont rencontrée. Elle approchait alors de la cinquantaine : « Une vieille courtisane peinte et plâtrée, l’air d’une actrice de province, avec un sourire et des cheveux faux. » (II, 84) Emmenés par Gautier, les « bichons » se précipitent à la crémaillère : « Nous sommes dans ce salon fameux et qui ne vaut pas le bruit qu’il fait, au milieu de ses peintures faites ou encore à faire, destinées à figurer la fortune de la courtisane, commençant à Cléopâtre et finissant à la maîtresse de maison versant de l’or à des pauvres d’égypte. Dans toute cette richesse, rien qui soit de l’art, que le plafond de Baudry. […] Et l’on passe dans la salle à manger et l’on dîne. Alors, c’est l’exhibition du surtout, c’est la basse et bourgeoise invitation sans goût, sans pudeur, à admirer cela et à admirer toujours. […] Le dîner est bon, il est ordinaire, sans rien de ce qui doit étonner l’estomac chez une courtisane. […] La femme, je la regarde, je l’étudie. Une chair blanche, des bras, des épaules qui se montrent par derrière jusqu’aux reins ; des épaulettes qui tiennent à peine et cachent à demi l’aisselle ; de beaux gros yeux un peu ronds ; un nez en poire avec un méplat kalmouk au bout ; […]. Une figure qui, sous le dessous d’une figure de courtisane encore en âge de son métier, a cent ans et qui prend ainsi, par instants, je ne sais quoi de terrible ...
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